51syajhq99lCher Jean Echenoz,
me voilà tout chose. Il faut dire que ce n’est pas tous les jours que l’on écrit à un Prix Goncourt ! C’est comme écrire une lettre au Président de la République ou au Père Noël, la main tremble toujours un peu à l’idée de glisser l’enveloppe dans la boîte postale. J’aime mettre de la hauteur aux correspondances !

Dans les pages de « courir », un prénom « Émile ». Un prénom comme un ami de longue date, un oncle adoré, un voisin apprécié, un poisson rouge oublié… Une personne qui s’appelle Émile est foncièrement gentille, ça ne peut être autrement. Hubert, Gustave, André, Victor…sont des prénoms bruts de décoffrage, taillés dans les falaises d’Etretat. Mais Émile, c’est une friandise, une bêtise. Émile vous avez envie de le prendre dans vos bras, de le serrer très fort, de lui dire je t’aime. Émile ne se mettra jamais en colère, Émile est une bonne pâte, un type bien. En plus Émile est un champion. Un champion de la course à pied. Un champion d’une autre époque. Celle où la course à pied n’était pas démocratisée. On ne courait pas pour le plaisir le dimanche matin, Émile si ! On ne se levait pas tôt pour aller courir, Émile si ! On se cachait pour courir, Émile non ! On ne battait pas des records sur la piste, Émile si !

Cher Jean Echenoz, Émile Zatopeck, puisqu’il faut bien lui donner un nom, dans « courir » vous le décrivez avec tendresse. Une évidente admiration. Il semble passer les guerres, les révolutions, les invasions, les passions…comme on traverse un passage piéton, en regardant à droite à gauche, saluant un ami et se retrouvant de l’autre côté en sifflotant. La vie continue :  « bon dit le doux Émile, archiviste je ne méritais sans doute pas mieux ».

« Adieu l’Emile, je t’aimais bien, adieu l’Émile je t’aimais bien tu sais… »
Jacques Brel

P.S. : Jean, comme prénom, c’est doux aussi, les Jean sont foncièrement gentils c’est évident !

Jean Echenoz – courir – Les éditions de Minuit

Publicités

4 réflexions sur “Lettre à Jean Echenoz

  1. Portrait admirable d’un homme qui a consacré sa vie à l’athlétisme (et fier représentant « politique » malgré lui de son pays), qui a fait honneur à son sport, qui serait considéré aujourd’hui comme une « anti-star ». Echenoz n’a fait que se mettre à son niveau en tant qu’écrivain, et elle est bien là la réussite de ce livre.
    ( les commentaires du responsable des sports de Bressuire me laissent penser qu’il faut immédiatement se mettre à l’écriture !)

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s